Compagnie in extremis

/ écrits


C    O   M    P    A    G    N    I    E
in 
  
/ textes & dramaturgies


Battements de choeur.
Einar Schleef, une biographie théâtrale

/ Crista Mittelsteiner

Einar Schleef, homme de théâtre exceptionnel et géant fragile, connut une existence marquée par la solitude, la résistance, l’inquiétude, le goût voire le besoin vorace d’excès de toutes natures et l’insatiable soif d’absolu – un trajet, parfois grotesque, toujours tragique, qui relate l’histoire d’un artiste sans domicile fixe, ses errances, son exil permanent et, finalement, son triste retour au bercail.
Né en janvier 1944 à Sangerhausen, Schleef vient d’une contrée est-allemande où les mythes sont toujours vivants. Malgré l’opprimante pauvreté de ce pays, qui incite le jeune Schleef à partir, le sol miséreux qu’il laisse derrière lui, tel un paradis perdu, restera à jamais ancré en lui. Il emporte avec lui la violence d’un amour de et pour la langue – la langue maternelle et, surtout, la langue-mère, langue de la mère, rocailleuse et drue, si profondément liée à cette région...
Hanté par le souvenir de la langue, de la mère, de ces mythes de son enfance, Schleef se jette à corps perdu dans le théâtre, à la recherche d’une nouvelle famille, d’un lien, d’un refuge – d’un idéal et de nouveaux dieux...
L’artiste est fasciné par la tragédie. Il est frappé par l’idée que « l’éviction de la femme et l’éviction du choeur sont intimement liées à l’expulsion de la conscience tragique, comme si la conscience tragique,
revenant sur scène, s’avérait un domaine féminin et constituait par cette prétention même l’essence de notre conflit continuel,» écrit-il dans son essai monumental DROGUE, FAUST, PARSIFAL. « La tentative – menée à l’encontre des classiques – de faire revivre l’idée du choeur antique, de parvenir à réintroduire la femme dans le conflit central, a été pratiquée par beaucoup de gens de théâtre, mais ces essais échouent face aux changements incessants des situations politiques ( ... ). Ainsi se répète cette constellation antique où Électre se retrouve, la nuit, devant le palais, ce palais où elle est née, qui l’a rejetée. Elle y revient, par soif de vengeance et de meurtre. Derrière elle se dressent les dieux, également exclus, qui demandent à entrer : et leurs cris emplissent la demeure. » (...)

                                            Si vous désirez lire l'intégralité de ce texte, n'hésitez pas de nous contacter et nous vous l'enverrons en pdf.


Elfriede Jelinek - "désir & permis de circuler"
/ Crista Mittelsteiner

(...) Née en 1946, d’origine viennoise, Elfriede Jelinek s’est fait connaître par sa prose expérimentale et son écriture radicale. En Autriche et en Allemagne, Elfriede Jelinek est considérée comme l’auteur le plus important de sa génération. Ses pièces de théâtre sont des sujets de controverse permanents. Mais Elfriede Jelinek est mal connue encore au-delà des frontières germaniques en tant que femme de théâtre, auteur de "pièces qui devancent le théâtre ", selon Heiner Müller...

Défi(s)

Elfriede Jelinek défend une vision du théâtre qui est basée sur le refus - elle rejette le théâtre d’expression, le théâtre-vérité, où le texte est incarné par le dialogue. Elle institue la séparation de corps - image - langage - jeu pour ainsi donner au spectateur un terrain de liberté, pour éveiller sa "capacité d’association. Le spectateur ne doit pas trouver à voir sur scène ce qu’il entend. La disparité entre geste, image et langage ouvre la possibilité d’une libre association. désir & permis de circuler n’est pas seulement un monologue, mais un éventail sémantique, où les demi-tons du changement de rôle, le changement de perspective, la différence de positions peuvent être rendus plus facilement que dans une structure de dialogue grossière où une personne exprime un point de vue que l’autre contrarie. La répartition du texte sur deux personnages me paraissait comme une retombée dans une esthétique dépassée qui ne correspond pas au changement rapide de la position du Je, du Moi. "
Cette vision particulière et radicale, cette option d’un théâtre subjectif et exclusif où le spectateur est appelé à s’impliquer par son imaginaire "co-productif", s’exprime avec force dans désir & permis de circuler, dans une écriture drue, viscérale autant que froidement précise et obsessionnelle.

Elfriede Jelinek considère la scène comme un lieu "totalement artificiel”.  Le jeu des acteurs ne doit refléter aucune psychologie. (...)


                                            Si vous désirez lire l'intégralité de ce texte, n'hésitez pas de nous contacter et nous vous l'enverrons en pdf.


Elfriede Jelinek : une femme, auteur contemporain - une oeuvre dramatique qui balaye l'Europe et le siècle
/ Crista Mittelsteiner

(...) Fille d’un métissage culturel et religieux, Elfriede Jelinek est née en Styrie en 1946, d’une mère autrichienne catholique, issue d’une famille de la haute bourgeoisie viennoise. Son père, ingénieur et autodidacte, est un juif tchèque venant d’un milieu pauvre mais cultivé, proche de «Vienne la Rouge».
Prédestinée par sa mère à devenir un génie musical, elle entre dès 1950 dans une institution religieuse, Notre-Dame-de-Sion, à Vienne, un jardin d’enfant où, dès quatre ans, elle apprend la danse classique et le français et où elle poursuivra plus tard ses études primaires.
Bientôt, la fille est soumise à une pression de plus en plus forte : à partir de sept ans, la mère l’oblige à prendre des cours de violon, d’alto, de piano. Sans oublier l’école. A seize ans, elle entre au Conservatoire de Musique de Vienne. Enfin, elle ne tient plus, tombe malade et traverse une grave crise psychologique.
La domination de la mère provoque sa révolte contre l’autorité.
Elle s’est tournée vers le langage parce que, dit-elle, ma mère ne m’y a pas poussée.
Mon père, lui, était quasiment inexistant. Il était juif. Ma mère m’avait envoyée dans une école très autrichienne où l’on enseigne l’obéissance, et lui m’a donné une éducation différente. Je ne l’ai pas beaucoup aimé. Pas du tout même. Seulement, il m’a encouragée à m’affirmer par le langage, à m’en servir contre les adultes. La foi dans le pouvoir des mots est une caractéristique de la culture juive. Je me demande si, en suivant l’exemple de mon père, en me servant du langage au lieu de me plonger dans la musique, comme le voulait ma mère, je n’ai pas cherché à le sauver d’elle, et moi avec lui. Je ne veux pas dire qu’elle soit totalement négative: elle est très intelligente, elle était puissante, impressionnante. Sans elle, mon père n’aurait pas survécu.

Le père d’Elfriede Jelinek finit de façon dramatique : il meurt, fou, en 1968, dans un hôpital psychiatrique.
Alors que la révolte politique gronde dans la rue, Elfriede Jelinek reste cloîtrée chez elle. Elle a vingt-deux ans.
(...)

                                            Si vous désirez lire l'intégralité de ce texte, n'hésitez pas de nous contacter et nous vous l'enverrons en pdf.